City of Bane : l'arc où Bane a pris Gotham et tué Alfred
La réponse en bref
« City of Bane » est l'arc final du run de Tom King sur Batman, publié dans les numéros 75 à 85 en 2019 et 2020. Bane y prend le contrôle total de Gotham avec l'aide du Thomas Wayne venu de l'univers Flashpoint, chasse la Bat-famille de la ville et installe un ordre où le crime ne paie plus parce qu'il gouverne. C'est dans cet arc, au numéro 77, qu'Alfred Pennyworth est tué.
Il existe deux façons de battre Batman. La première consiste à le frapper jusqu'à ce qu'il tombe, et le duel entre Batman et Bane montre depuis longtemps que cette méthode a ses limites. La seconde consiste à lui prendre la ville, puis à la gouverner mieux que lui. C'est le programme de « City of Bane », et c'est ce qui rend l'arc si inconfortable à lire.
Publié entre 2019 et 2020, ce récit ferme une longue course d'écriture commencée plusieurs années plus tôt. Il ne raconte pas une bagarre : il raconte une occupation. Gotham y devient une ville calme, propre, obéissante, tenue par un homme qui a compris que la peur fonctionne mieux quand elle est administrative. Pour situer ce moment dans l'ensemble, la chronologie complète des comics Batman par ère remet chaque saga à sa place.
Cet article raconte ce que contient l'arc, ce qu'il change durablement, et pourquoi la scène dont tout le monde parle n'était même pas prévue par son auteur.
Ce qu'est « City of Bane » et où l'arc se situe
« City of Bane » regroupe les numéros 75 à 85 de la série Batman, écrits par Tom King et dessinés notamment par Mikel Janín et Tony S. Daniel. L'arc conclut une longue période d'écriture pendant laquelle le personnage a été progressivement démonté : ses certitudes, ses alliances, sa vie privée. Quand l'arc commence, Bruce Wayne n'est pas au sommet de sa forme. Il en sort à peine.
La construction est inhabituelle. Là où Knightfall racontait une usure physique méthodique jusqu'à la rupture, « City of Bane » commence après la victoire de l'adversaire. La ville est déjà tombée. Le lecteur arrive une fois la partie perdue, et l'enjeu n'est plus d'empêcher la chute mais de savoir ce qu'on fait quand elle a eu lieu.
Ce déplacement explique l'atmosphère de l'arc. Il y a peu de scènes d'action classiques, beaucoup de scènes de pouvoir. On y voit des vilains occuper des postes, une police qui obéit, des rues sans criminalité. C'est une réussite du point de vue des chiffres, et c'est précisément le problème.
Pour comprendre à quel point cet ordre est artificiel, il faut se souvenir de ce qu'est Gotham en temps normal : une ville qui produit ses propres monstres et qui ne guérit jamais complètement. Une Gotham calme n'est pas une Gotham sauvée, c'est une Gotham tenue.
Un mot sur le rythme, parce qu'il désarçonne souvent à la première lecture. Tom King écrit par répétitions et par silences : des cases identiques qui reviennent, des dialogues courts, des pages où il ne se passe presque rien. Ce parti pris divise, et il explique une partie des critiques adressées à la fin de sa course. Il produit en revanche un effet précis, celui de l'enlisement, qui colle au sujet.
Il faut aussi accepter une chose : l'arc ne cherche pas à réhabiliter son héros. Batman n'y redevient pas invincible au dernier moment. Il récupère sa ville, mais abîmé, et le récit ne fait aucun effort pour rendre cette victoire confortable.
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Une série d'affiches au trait de comic, dont une qui aligne la galerie complète des adversaires derrière le Chevalier Noir. De quoi accrocher au mur exactement ce que cet arc met en scène : une ville où les vilains ne se cachent plus.
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Voir le produit →Comment Bane prend Gotham sans livrer bataille
La force de Bane dans cet arc n'est pas dans ses bras. Elle est dans son organisation. Il ne conquiert pas Gotham en la détruisant, il la reprend en installant ses propres gens partout où quelqu'un décide : la police, les institutions, les réseaux criminels. Ce qui était concurrence devient hiérarchie.
Ce fonctionnement le rapproche moins d'un colosse que d'un parrain. Gotham a connu ce modèle avec Carmine Falcone et avec Black Mask, à ceci près qu'aucun des deux n'avait réussi à faire de la ville entière une administration. Bane y parvient parce qu'il a d'abord cassé l'homme, puis récupéré le vide laissé.
L'autre pilier de sa prise de pouvoir est l'exil. La Bat-famille est chassée. Les alliés qui rendaient Batman efficace — ceux que recense notre guide de la Batfamily — se retrouvent dehors, dispersés, sans base. Priver Batman de sa ville, c'est aussi le priver de son réseau.
Il faut ajouter un détail qui compte : Bane connaît l'identité de Bruce Wayne depuis longtemps. Cette information change la nature de l'affrontement. On ne cherche pas un masque, on va chez quelqu'un.
Ce fonctionnement a une conséquence dont l'arc tire beaucoup : quand le crime devient l'ordre établi, le justicier devient le fauteur de troubles. Les habitants de Gotham n'attendent plus Batman, certains le redoutent. C'est le retournement le plus efficace du récit, et il ne demande aucune scène d'action pour fonctionner.
On mesure alors la différence avec les parrains classiques de la ville. Sal Maroni et ses semblables voulaient une part du gâteau ; Bane veut la cuisine. Cette ambition change la nature du combat, parce qu'on ne démantèle pas une administration en arrêtant son chef.
Thomas Wayne, le père venu d'un autre monde
Le deuxième adversaire de l'arc est plus dérangeant que le premier. Il s'agit de Thomas Wayne, mais pas celui que Bruce a perdu enfant : la version issue de l'univers Flashpoint, où c'est le père qui a survécu et qui est devenu Batman, tandis que le fils mourait dans la ruelle.
Cet homme n'est pas un imposteur et ne se présente pas comme un ennemi. Il agit en père, ce qui est bien pire. Sa conviction est simple : la vie que mène Bruce est une erreur, et il faut y mettre fin, au besoin contre son gré. Il ne veut pas tuer Batman, il veut supprimer Batman pour récupérer son fils.
Ce conflit prolonge une question que la série pose depuis ses origines. Ce que Bruce a construit dans la Batcave et sous le manoir Wayne tient entièrement à une nuit et à deux morts. Faire revenir l'un des deux morts et lui donner tort revient à attaquer la fondation.
Le portrait complet du personnage, ses différentes versions et ce qu'il représente pour Bruce sont détaillés dans notre dossier sur Bruce Wayne, qui suit l'homme plutôt que le costume.
La présence de ce père venu d'ailleurs répond aussi à une vieille tentation de la série : et si les Wayne n'étaient pas morts ? L'univers Batman a exploré cette hypothèse plusieurs fois, et elle donne à peu près toujours le même résultat. Le Batman qui naît d'un père survivant est plus brutal, plus expéditif, et se passe volontiers du code moral.
Le procédé n'est pas propre à cet arc. Les versions alternatives du personnage forment une tradition ancienne, et le cas d'Owlman en donne l'exemple le plus radical : un Batman d'un autre monde qui a fait exactement les choix inverses.
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Voir le produit →La mort d'Alfred, et pourquoi elle n'était pas prévue
C'est la scène dont tout le monde se souvient. Dans le numéro 77, Bane retient Alfred Pennyworth au manoir Wayne et lui brise la nuque, sous les yeux de Damian Wayne, après que celui-ci a été mis hors de combat par Thomas Wayne. Le majordome meurt sans discours, sans plan, sans possibilité de retour.
Le détail le plus révélateur vient de l'auteur lui-même. Tom King a expliqué publiquement que cette mort n'était pas son choix : il souhaitait laisser le sort d'Alfred en suspens, et c'est l'éditeur qui a tranché pour une mort définitive. Le résultat est un arc dont la scène la plus commentée n'a pas été écrite par conviction, mais appliquée.
La portée de cette disparition est mesurable. Alfred n'était pas un personnage secondaire, c'était le mécanisme qui remettait tout en ordre entre deux nuits. L'histoire complète du majordome montre à quel point la maison reposait sur lui. Depuis 2019, il n'est pas revenu dans la continuité principale.
Pour Damian, la scène est fondatrice au mauvais sens du terme. Le fils de Batman est le témoin direct, et il en sort avec une culpabilité que les récits suivants n'effacent pas.
Ce que l'arc fait à la Bat-famille
Chasser les alliés de la ville produit un effet secondaire intéressant : chacun révèle sa méthode quand il n'a plus de structure. Les différences entre les acolytes, que détaille notre comparatif Nightwing, Red Hood et Robin, deviennent des stratégies concurrentes plutôt que des styles.
Jason Todd est celui pour qui la situation change le moins. Son parcours, raconté dans Under the Red Hood, l'a déjà habitué à opérer hors du cadre. Tim Drake, dont la méthode est celle du détective, perd davantage : sans accès aux données, son avantage disparaît.
Du côté du GCPD, la situation est pire encore. James Gordon représente exactement ce que Bane a neutralisé : une institution qui tenait par la conviction d'un homme. Quand la police obéit à l'occupant, l'allié le plus fiable de Batman devient un fonctionnaire.
L'ensemble des figures concernées, alliés comme adversaires, est cartographié dans notre panorama des personnages de l'univers Batman, utile pour ne pas se perdre dans une distribution aussi large.
Il y a une ironie dans cette dispersion. Batman a passé des décennies à former des successeurs pour que Gotham survive à sa disparition, et le premier arc qui teste vraiment ce dispositif montre qu'il ne tient pas sans lui. Les alliés recensés dans la liste de tous les Robin sont efficaces isolément, mais aucun n'a été conçu pour tenir une ville sans base arrière.
Un personnage traverse l'épreuve mieux que les autres : Stephanie Brown, habituée à travailler sans autorisation et sans moyens. C'est une constante du corpus, les figures les moins bien dotées sont celles qui plient le moins.
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Voir le produit →La place de l'arc dans une longue course d'écriture
« City of Bane » ne se comprend pleinement qu'en tant que fin. L'arc referme des fils posés longtemps avant lui, et une grande partie de sa charge émotionnelle vient de ce qui a précédé plutôt que de ce qu'il montre. Lu isolément, il peut paraître froid ; lu en bout de course, il fait l'effet d'une addition.
Cette logique de conclusion le rapproche d'autres sagas qui ferment un cycle. Batman R.I.P. visait déjà à démonter l'esprit du personnage, et Death of the Family s'attaquait à son entourage. « City of Bane » combine les deux approches et y ajoute la ville.
La suite immédiate est également instructive. Joker War enchaîne sur une Gotham déjà affaiblie et s'attaque cette fois à la fortune Wayne. Deux arcs consécutifs, deux façons de retirer à Bruce un pilier différent : d'abord la maison, ensuite l'argent.
Ceux qui veulent comparer avec un récit de rupture plus ancien trouveront dans The Dark Knight Returns l'autre grand exemple d'un Batman poussé au bout de lui-même, avec une conclusion diamétralement opposée.
Un dernier repère aide à le situer : l'arc s'inscrit dans une décennie où la série a multiplié les récits de démolition. Hush avait réuni toute la galerie contre lui, A Death in the Family avait tué un Robin. « City of Bane » prend la suite en s'attaquant à ce qui restait : la maison et le père.
Pourquoi Bane fonctionne comme adversaire de fin de course
Bane occupe une position rare dans la galerie de Gotham. Il n'est ni un chaos pur comme le Joker, ni un criminel à thème comme la plupart des figures recensées dans notre guide des ennemis de Batman. Il est un stratège doté d'une force physique, ce qui lui permet d'attaquer sur les deux terrains où Batman est habituellement supérieur.
Le contraste est net avec les adversaires que Batman neutralise par la déduction. Sa réputation de détective ne sert à rien quand l'adversaire n'a rien à cacher et annonce ses intentions. Bane ne dissimule pas son plan : il l'exécute.
Il faut aussi compter avec un point que l'arc exploite sans le souligner. Les faiblesses du Chevalier Noir ne sont pas physiques, elles sont relationnelles. Prendre la ville, tuer le majordome et faire revenir le père attaque exactement ces trois points, dans l'ordre.
Enfin, la question du code moral revient inévitablement. La règle que Batman ne franchit pas est mise sous une pression maximale par un adversaire qui vient de tuer un proche et qui gouverne la ville. L'arc en fait son moteur, et non un obstacle décoratif.
Reste une question que les lecteurs posent souvent : Bane est-il plus dangereux que le Joker ? Les deux ne jouent pas au même jeu. Le Joker attaque le sens, Bane attaque la structure. Le premier veut prouver que tout est absurde, le second veut administrer. On peut survivre à une démonstration, on survit moins bien à une occupation.
C'est aussi ce qui rend l'arc utile à qui découvre la galerie. Beaucoup de figures de Gotham fonctionnent par thème et par obsession, comme le montre le tour des ennemis les plus méconnus. Bane, lui, n'a pas de thème. Il a un objectif.
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Voir le produit →Par quoi lire et par quoi enchaîner
L'arc se lit dans les numéros 75 à 85, disponibles en recueil. Aborder « City of Bane » sans rien connaître du run précédent reste possible, mais l'effet est amoindri : beaucoup de scènes reposent sur des situations installées auparavant.
Pour préparer la lecture, deux entrées fonctionnent bien. La sélection des comics incontournables donne les récits de référence, et la chronologie par ère situe chaque période. Pour enchaîner après l'arc, Joker War est la suite naturelle.
Côté objets, un arc de cette densité se prolonge surtout au mur et sur l'étagère. Les posters Batman et les tableaux couvrent le registre graphique, tandis que les figurines Batman et les masques permettent d'installer les deux camps côte à côte.
Pour les usages quotidiens, la logique est différente : un mug, une coque de téléphone ou un porte-clés font passer l'univers dans la journée ordinaire sans rien exiger. Le guide des produits dérivés détaille cette progression, du premier objet aux pièces plus ambitieuses.
Ce que l'arc laisse derrière lui
Trois choses survivent à « City of Bane ». La première est une absence : Alfred n'est pas revenu, et les récits suivants doivent composer avec un manoir sans lui. La seconde est une leçon sur la ville : Gotham peut être tenue, et une Gotham tenue reste une Gotham perdue.
La troisième est plus discrète. L'arc réhabilite Bane comme adversaire de premier ordre après des années où le personnage avait été réduit à sa masse. Le vilain qui en ressort n'est plus celui qui casse un dos, c'est celui qui prend une mairie.
Sur le plan éditorial, la fin du run de Tom King a ouvert une période nouvelle pour la série. Les lecteurs qui souhaitent voir comment le personnage a été relancé depuis peuvent se reporter aux récits plus sombres du corpus moderne, ou à Zero Year pour la relecture des origines qui a précédé cette période.
Pour habiller tout cela au quotidien, les t-shirts Batman et les pulls restent les supports les plus simples, et les stickers ou la lampe suffisent à donner une ambiance à une pièce sans la transformer. Les idées cadeaux regroupent les valeurs sûres pour offrir.
Il reste enfin une leçon de lecture. Les arcs de démolition ne se jugent pas à leur dénouement mais à ce qu'ils rendent impossible ensuite. Après « City of Bane », un scénariste ne peut plus écrire une scène de manoir sans que l'absence se remarque. C'est la définition d'un récit qui compte.
Questions fréquentes sur « City of Bane »
Dans quels numéros se lit « City of Bane » ?
L'arc couvre les numéros 75 à 85 de la série Batman, publiés en 2019 et 2020, écrits par Tom King. Il existe en recueil sous le titre « City of Bane », ce qui reste la façon la plus simple de le lire d'une traite.
Alfred meurt-il vraiment dans cet arc ?
Oui. Alfred Pennyworth est tué par Bane dans le numéro 77, au manoir Wayne, devant Damian Wayne. Tom King a déclaré publiquement que cette mort n'était pas son intention initiale et qu'elle a été décidée par l'éditeur. Le personnage n'est pas revenu dans la continuité principale depuis.
Quel Thomas Wayne apparaît dans l'arc ?
Il s'agit du Thomas Wayne issu de l'univers Flashpoint, celui où le père a survécu à la ruelle et est devenu Batman à la place de son fils. Il agit aux côtés de Bane, avec l'objectif déclaré de mettre fin à la carrière de Bruce.
Faut-il avoir lu Knightfall avant ?
Ce n'est pas obligatoire, mais c'est éclairant. Knightfall raconte la première fois où Bane brise Batman physiquement ; « City of Bane » raconte la fois où il le bat politiquement. Les deux arcs se répondent, à vingt-six ans de distance.
L'arc est-il une bonne porte d'entrée pour découvrir Batman ?
Non, et ce n'est pas son but. C'est une conclusion : il suppose que le lecteur connaît déjà la Bat-famille, la place d'Alfred et le rapport de Bruce à ses parents. Mieux vaut commencer par les récits de référence, puis y revenir.