All-Star Batman & Robin : la série de Frank Miller et Jim Lee restée sans fin

All-Star Batman & Robin : la série de Frank Miller et Jim Lee restée sans fin

La réponse en bref

All-Star Batman & Robin, the Boy Wonder est publiée par DC Comics entre 2005 et 2008, à un rythme irrégulier. Elle est écrite par Frank Miller et dessinée par Jim Lee, encrée par Scott Williams et mise en couleur par Alex Sinclair. Le dixième numéro paraît à l'été 2008, puis la série disparaît. Elle n'a jamais été officiellement annulée et n'a jamais eu de conclusion.

Une série inachevée, et toujours pas annulée

C'est la situation la plus étrange du catalogue moderne de l'éditeur. Une série lancée en fanfare, portée par deux des noms les plus vendeurs de l'industrie, s'arrête après dix numéros à l'été 2008 — et personne ne prononce jamais le mot d'annulation. Elle n'est pas terminée, elle n'est pas arrêtée : elle s'interrompt.

Ce flottement administratif a une conséquence concrète pour le lecteur : l'histoire ne se conclut pas. Qui l'ouvre aujourd'hui arrive au bout du dixième numéro et reste en plan, sans que rien dans l'objet ne l'ait prévenu. C'est la première chose à savoir avant de s'y mettre.

Pour situer la série dans l'ensemble, la chronologie des comics par ère la place dans la seconde moitié des années deux mille, à une période où l'éditeur multipliait les projets confiés à des auteurs vedettes en dehors de la continuité principale.

Il faut comprendre ce que « All-Star » designait a l'epoque. L'editeur lancait alors une collection destinee a offrir des versions accessibles de ses grandes figures, signees par des auteurs a forte notoriete, lisibles sans connaitre quarante ans de continuite. L'intention etait donc d'ouvrir la porte aux nouveaux lecteurs, ce qui rend le resultat d'autant plus paradoxal : la serie la plus visible de cette collection est aussi celle qui ne menera nulle part.

La période

Entre 2005 et 2008, à un rythme irrégulier.

L'équipe

Frank Miller au scénario, Jim Lee au dessin, Scott Williams à l'encrage, Alex Sinclair aux couleurs.

Le statut

Dix numéros, aucune conclusion, aucune annulation officielle.

Ce que la série raconte, et d'où elle vient

Le sujet est la rencontre entre Bruce Wayne et le premier de ses acolytes. Il s'agit donc d'un récit d'origine, mais abordé par un auteur qui avait déjà écrit la fin du personnage vingt ans plus tôt. La série est présentée comme une prequelle de The Dark Knight Returns, c'est-à-dire comme le commencement d'une trajectoire dont on connaît déjà le terme.

Cette position narrative explique beaucoup du ton. Un auteur qui écrit l'arrivée d'un personnage en sachant ce qu'il deviendra ne raconte pas une initiation, il raconte une contamination. Le lecteur ne découvre pas le héros avec l'enfant : il regarde l'enfant entrer dans quelque chose dont il connaît l'issue.

Pour mesurer la distance avec les autres récits d'origine, Year One offre la comparaison la plus directe, et le relevé de tous les Robin rappelle que ce passage de relais a été raconté de bien des façons depuis.

Cette facon de prendre le mythe par la fin n'est pas un hasard de carriere. Le meme auteur avait deja montre, avec les grandes sagas de rupture de la serie, qu'un personnage ne se definit pas par ses victoires mais par ce qu'il refuse de lacher quand tout cede. Appliquee a une origine, cette idee donne un recit ou l'arrivee de l'enfant n'est pas une bonne nouvelle.

La série en repères

ScénarioFrank Miller
DessinJim Lee
EncrageScott Williams
CouleursAlex Sinclair
Numéros parusdix, le dernier à l'été 2008
Statut éditorialjamais conclue, jamais annulée
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Les retards, la vraie histoire de cette série

Il faut le dire sans détour : cette série est surtout connue pour ses problèmes de publication. Les retards sont importants et répétés, au point que le calendrier devient un sujet en soi pour les lecteurs qui la suivent. Dix numéros étalés sur quatre années, cela fait une parution très espacée pour un format conçu comme mensuel.

À cela s'ajoute un incident de fabrication resté célèbre : des bandeaux de censure mal placés sur les jurons, qui laissaient lire ce qu'ils étaient censés masquer. L'anecdote est amusante, mais elle dit quelque chose de plus large sur la fabrication d'un titre produit dans l'urgence entre deux longues attentes.

Ce décalage entre l'ambition et l'exécution n'est pas propre à ce projet. Les séries confiées à des auteurs très demandés souffrent régulièrement du même mal, et l'histoire de l'éditeur, racontée dans notre dossier sur la création de DC Comics, en offre d'autres exemples. Un nom vendeur garantit des précommandes, pas un calendrier.

Il faut aussi rappeler le contexte de parution. Un titre mensuel vit de regularite : les libraires commandent, les lecteurs prennent une habitude, et la serie s'installe. Quand les numeros s'espacent de plusieurs mois, cette mecanique se casse, et chaque nouveau numero doit reconquerir un public qui a eu le temps d'oublier le precedent. Peu de series survivent longtemps a ce regime.

1
Un rythme irrégulier Dix numéros répartis sur quatre années, pour un format pensé comme mensuel.
2
Des retards répétés Le calendrier devient un sujet de discussion à part entière.
3
Un incident de censure Des bandeaux mal placés laissent lire les jurons qu'ils devaient couvrir.
4
Une fin absente Le dixième numéro ne conclut rien, et aucun autre n'est paru.

Pourquoi elle ne s'est jamais terminée

La réponse officielle n'existe pas, mais les déclarations des intéressés dessinent un tableau cohérent. Jim Lee a expliqué à Comic Book Resources qu'il aimerait revenir sur la série pour la conclure, et que Frank Miller a une bonne fin en tête. Il a aussi reconnu avoir heurté un mur après des années passées sur ce personnage.

Cette formule mérite qu'on s'y arrête. Un dessinateur qui enchaîne les projets sur une même figure finit par en épuiser les angles, et un titre qui exige des planches spectaculaires à chaque page ne pardonne pas la lassitude. Le problème n'était donc pas le scénario, qui existe, mais la capacité à produire les images qui allaient avec.

Plusieurs tentatives de reprise ont été envisagées. En 2011, l'éditeur annonce une nouvelle série mensuelle censée prendre la suite. Plus tard, Tom King a raconté avoir été engagé « pour une seule journée » afin de terminer l'histoire — ce qui ne s'est jamais fait. Deux pistes, deux abandons.

Une derniere hypothese circule chez les lecteurs, et elle merite d'etre citee pour ce qu'elle vaut : la reception elle-meme aurait pese. La serie a ete discutee avec une vivacite rare, et un projet qui divise autant devient difficile a defendre en interne quand il prend du retard. Rien dans les declarations publiques ne confirme ce facteur, mais il explique pourquoi personne n'a jamais eu interet a trancher officiellement.

Idées reçues

  • La série aurait été annulée. Elle n'a jamais été officiellement annulée : elle s'est simplement arrêtée.
  • Il manquerait un seul numéro. Dix numéros sont parus, et aucune conclusion n'a jamais été publiée.
  • Le scénario n'existerait pas. Jim Lee a déclaré que Frank Miller avait une fin en tête.
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Une série hors continuité, et ce que ça change

Le point le plus souvent mal compris concerne son statut. Cette série ne s'inscrit pas dans la continuité courante : elle propose sa propre version du personnage, avec ses propres règles. C'est une liberté que l'éditeur accorde régulièrement aux auteurs qu'il veut attirer.

Cette formule a une vertu et un défaut. La vertu, c'est qu'un auteur peut y pousser une vision jusqu'au bout sans négocier avec les autres titres. Le défaut, c'est que rien n'oblige personne à la terminer : une histoire hors continuité qui s'arrête ne laisse aucun trou à combler ailleurs.

L'univers compte beaucoup de ces versions parallèles, et le panorama des variantes du multivers en recense les principales. Celle-ci occupe une place particulière : elle n'est pas une version alternative du héros, mais une version alternative de sa jeunesse, racontée par l'auteur de sa vieillesse.

Cette independance explique aussi pourquoi l'arret n'a eu aucune consequence ailleurs. Quand une serie integree a la continuite s'interrompt, les autres titres doivent composer avec ses fils ouverts — les grands evenements qui traversent plusieurs series montrent a quel point tout se tient. Ici, rien ne depend de rien : la serie pouvait s'arreter sans que personne ait a reparer quoi que ce soit.

Le point clé

Hors continuité, une série peut tout oser — et personne n'est tenu de la finir. C'est le prix de cette liberté.

Faut-il la lire malgré tout ?

La question se pose honnêtement, parce qu'un récit sans fin demande un effort particulier au lecteur. La réponse dépend de ce que l'on vient y chercher. Qui veut une histoire complète passera son chemin : il n'y en a pas, et aucune annonce ne laisse penser qu'il y en aura une.

Qui s'intéresse au travail graphique y trouvera en revanche un intérêt réel, parce que c'est précisément ce qui a mobilisé toute l'énergie du projet. Les planches sont conçues pour l'effet, avec des doubles pages et des compositions qui privilégient l'impact sur la lisibilité narrative.

Et qui s'intéresse à l'histoire éditoriale de la série y verra un cas d'école. Les titres inachevés sont rares à ce niveau de visibilité, et celui-ci montre ce qui se passe quand un calendrier, une ambition graphique et deux emplois du temps surchargés se rencontrent. Pour le reste, la liste des incontournables propose des récits qui, eux, se terminent.

Une precision utile pour qui hesite : l'absence de fin ne rend pas les dix numeros illisibles. Ils forment un bloc coherent, avec un debut, une mise en place et une progression. Ce qui manque, c'est la resolution — le moment ou le recit dit ce qu'il voulait dire. On peut tres bien lire un trajet sans arrivee, a condition de le savoir avant de monter.

En clair

À aborder pour le dessin et pour la curiosité éditoriale, pas pour l'histoire : elle ne se termine pas, et rien n'indique qu'elle se terminera.

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Sa place dans la trajectoire de Frank Miller

On ne peut pas lire cette série isolément. Son auteur a signé deux des récits les plus structurants du personnage, à vingt ans d'écart de celle-ci, et cette série vient après — pas avant. Elle arrive donc chargée d'attentes que peu de projets auraient pu satisfaire.

Le contraste avec ses œuvres précédentes fait partie du sujet. Year One est resserré, documentaire, presque austère. Cette série est tout l'inverse : ample, outrancière, tournée vers l'effet. Le même auteur, deux méthodes opposées, et un public qui attendait la première en recevant la seconde.

Pour comprendre ce que le personnage doit à ses auteurs successifs, le dossier sur ses créateurs remonte à l'origine, et l'évolution du costume montre comment chaque époque a réécrit la silhouette autant que le caractère.

Il reste enfin une question que cette serie pose mieux que d'autres : jusqu'ou un auteur peut-il deformer une figure partagee ? Le dossier consacre a Bruce Wayne montre que le personnage supporte des lectures tres differentes, du detective au justicier brutal. Mais il existe un seuil au-dela duquel le public ne reconnait plus celui qu'on lui montre, et c'est precisement sur ce seuil que cette serie a divise.

À retenir

Ce n'est pas un premier essai : c'est un retour, après deux récits majeurs du même auteur sur le même personnage. Toute la réception s'explique par là.

Prolonger l'univers chez soi

Un mot avant le rayon. Les recits inacheves ont un effet curieux sur les lecteurs : faute de conclusion a relire, ils se raccrochent aux images. C'est pour cela que ce genre de serie laisse surtout une trace graphique, et que les objets qui en decoulent sont rarement narratifs — ce sont des symboles, pas des scenes.

Cette période assume un graphisme franc, à fort contraste, qui se prête bien aux objets. Les t-shirts et les pulls et sweats reprennent ces symboles épurés, et les posters installent l'ambiance sans occuper d'espace.

Pour une collection qui s'installe, les figurines et les puzzles donnent du volume, et les idées cadeaux rassemblent les valeurs sûres. Le guide des produits dérivés explique comment composer un ensemble qui se tient plutôt qu'une accumulation.

Le bon réflexe

Les symboles épurés vieillissent mieux que les visuels liés à un film précis. Pour un vêtement porté souvent, c'est le choix le plus sûr.

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Questions fréquentes

Combien de numéros compte All-Star Batman & Robin ?

Dix. Le dernier paraît à l'été 2008, et aucun autre n'a suivi.

La série est-elle terminée ?

Non. Elle n'a jamais eu de conclusion, et elle n'a jamais été officiellement annulée non plus.

Qui l'a écrite et dessinée ?

Frank Miller au scénario et Jim Lee au dessin, avec Scott Williams à l'encrage et Alex Sinclair aux couleurs.

Pourquoi s'est-elle arrêtée ?

Jim Lee a évoqué avoir heurté un mur après des années passées sur le personnage. Il a indiqué souhaiter la conclure un jour, et précisé que Frank Miller avait une fin en tête.

Y a-t-il eu des tentatives pour la finir ?

Oui, deux au moins. En 2011, l'éditeur annonce une série mensuelle censée prendre la suite. Plus tard, Tom King a raconté avoir été engagé une seule journée pour la terminer, sans que cela aboutisse.

Deux auteurs au sommet, dix numéros sur quatre ans, une fin qui existe dans la tête de son scénariste et nulle part ailleurs : c'est le dossier inachevé le plus visible du catalogue.

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